des traces de pas...sur les nuages

05 mars 2017

Quelques feuilles et de l'eau

Quelques feuilles et de l'eau

Mes pieds sur le sable s'enfoncent de moins en moins, je le sens.

Les icebergs étaient une quête dont je ne puis parler, aujourd'hui un rêve éveillé.

Pris dans l'illusion d'être utile dans ce travail défait de la main de l'homme.

Que j'ai aimé cet artisanat, partir avec mon raffiot, reliés à la terre par les ondes de la radio, le thé de mon aimée dans la boîte hermétique.

Ces plantes choisies, arrachées à la terre par ses doigts, et la vapeur dans laquelle ,les folles nuits, ondulait son corps dépourvu de contour.

Dans la nuit, sur la mer, la cabine est un donjon.

Electrisé par le danger, le sommeil s'effrite. A l'assaut je guerroie, bâtissant des empires dans les vagues, dans un monde où ciel et eau ne font plus qu'un.

L'horizon est englouti. Dans mon bâteau je deviens goutte.

 

Mon âme échouée est un livre d'embruns,

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iI raconte ce que j'ai vu: les monstres marins, les animaux solidaires.

Aujourd'hui, comme avant, un monde s'éloigne quand un autre se rapproche.

Alors que je me désagrège, les souvenirs resurgissent: le parfum de la mer, déchaînée comme une amante, l'odeur du cambouis et de mes doigts gelés.

Et les senteurs romanesques du thé de mon aimée qui reliait les deux mondes.

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06 novembre 2016

le Chasseur d'Icerbergs.

Le Chasseur d'Icebergs

 

Le squelette du Tigre émergeait encore à marée basse, peu avant l'anse de P.

Des enfants venaient alors en escalader les côtes immenses et déchirées. C'est tout ce qui restait du navire.

Il se décomposait lentement depuis plusieurs décennies, entouré d'ossements d'autres intrépides.

De cette époque, il n'y avait plus aucun survivant.

Quelqu'un d'autre pouvait il encore en raconter l'histoire?

 

Celle de J., mon grand père, chasseur d'icebergs.

 

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J'allais là bas aux vacances, enfant. Peu après mes sept ans, déjà très âgé, il a regagné l'obscurité, comme on souffle une bougie et la mer l'a englouti.

 

Ses expéditions duraient plusieurs mois, au grand dam de ma grand-mère, qui  seule alors, avec leurs trois enfants, apaisait les nuits, guettait la régularité des souffles et travaillait d'arrache pied à en "faire des gens biens".

Quand il revenait de mission, il voyait comme les soucis avaient sillonné son visage.

Il savait qu'elle l'avait beaucoup pleuré, maudit, quelle avait dormi dans ses vêtements aussi. 

Alors, il réparait, portait les enfants, s'occupait des leçons, du jardin, et lui rendait le temps libre qu'il lui avait volé.

Puis, peu à peu, l'attraction d'abord lointaine, s'approchait, telle une houle bienfaitrice, un influx irrepressible de plus en plus puissant.

Il se proposait alors pour une nouvelle expédition.

 

Je me souviens de lui, à peine assis sur une marche d'escalier :prêt à partir pour suivre un reflet, un nuage et me montrer des détails dans le paysage familier.

 

A la fin de sa vie, il a commencé à perdre la vue.

Mais, il tenait encore à s'occuper de moi durant les grandes vacances.

Il s'asseyait  par terre et me disait:  "je t'écoute".

Et je racontais, la salle à manger, le balais dans l'escalier, les traces de doigt sur la porte. Et il brodait, des donjons, des sorcières et des poussières en forme de pieds.

Un jour, à mon tour je lui ai demandé: "raconte moi, ton bateau, ton métier, quand la glace apparait..."

Il est allé chercher une chaise et m'a installée dans le grand fauteuil en velours bleu nuit, face à lui.

Il a ôté les lunettes fûmées qui cachaient l'absence de son regard.

 "Tout est là", m'a t il dit en montrant avec l'index ses deux yeux.

 

Alors, j'ai regardé ses iris bleus, et j'ai vu

peu à peu se dessiner

 l'ondulation d'un horizon, des paysages silencieux, des mers blanches démontées, de gigantesques blocs de glace navigant dans la nuit,

des montagnes allongées, des temples immergés.

J'ai vu

des bleus inconnus, des colonnes d'eau douces dans des palais opaques,

des milliers de miroirs capturant les étoiles

la couleur du silence, la musique des transparences

mon grand père dialoguant avec l'écho du vent et caressant du bout des doigts les ventres de glace.

 

J'ai tout gardé.

 

Dans les moments difficiles, je tire à moi le grand fauteuil de velours que j' installe face à la chaise.

Puis, je pose ma main dans la région du coeur, doucement en extrait un paysage et le porte à mes yeux pour le faire grandir

 

 

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puis, j'enjambe la fine paroi qui nous sépare et part en expédition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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05 novembre 2016

Rouge sang lier

 

 

Il faut environ 5h30 pour se rendre à St H.

J'avais déjà effectué trois fois ce trajet, mais jamais, au moment de l'équinoxe.

Passé la traversée de N. et le pont en ellipse qui la surplombe, la route file droit vers l'horizon et devient monotone, le moindre déplacement dans les paysages alentours devient source de distraction, les arbres agitent leurs couleurs, vos yeux guettent un enchantement, s'échappent de la route et ricochent sur les reliefs et mouvements.

Combien de fois, j'ai donné un coup de volant...

Aussi cette fois avais je décidé de partir à la tombée de la nuit, qui bientôt noire procurait peu de stimulations visuelles.

La profondeur devenait une notion incertaine, un écran sans contour sur lequel les constellations se tenaient immobiles.

A la radio, quelqu'un retraçait la vie d'un poète dont je n'avais pas saisi le nom.

La nuit avalait mon véhicule, j'étais paisible, les phares plongeant nets au fond de l'encrier.

La nuit votre corps disparait, ne restent que vos yeux.

Au bout de quelques heures, je commençai à bailler et pensai à St Ex, dans son ciel étoilé se vaporisant du parfum dans les yeux afin de garder le cap.

Je quittai l'autoroute. La deccéleration et les reverbères me rendirent bientôt mon corps.

Evitant deux halos je coupai le moteur, puis m'étirai en respirant plusieurs fois profondément.

Je sorti, m'adossai à la portière et fis quelques pas.

Une légère brise caressait mes mains, déplaçait et replaçait mes cheveux et les feuillages noirs dans mon dos.

Je déposai mes clefs sous la roue arrière gauche puis entrai dans le sous bois.

Sans intention d'aller bien loin, je n'avais rien décidé non plus, rien exclu, j'avais le temps.

Dans le noir, invisible, j'otai chaussures et vêtements. Mes yeux s'habituaient au manque de lumière, la nuit devenait pénombre, puis bien plus claire avec de pâles couleurs, pourtant elle n'était guère avancée.

Dans le tronc d'un arbre se découpait la forme d'un tiroir dans lequel je glissai mes affaires.

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Chaque aspérité du sol s'imprimait sous mes pas, mais bientôt je ne sentis plus que la douceur de la mousse.

Les senteurs de fougère et de bois mort s'amplifiaient à mesure que je progressai.

J'entendis alors leur bruit, un martellement de pattes qui faisait vibrer le sol. Ils étaient tout près! 

Mon sang devenait fou à battre dans sa cage: je les ressentai. 

Alors je me mis à courir pour rejoindre les miens, soufflant par les naseaux.

Ils attendaient, se roulant dans les feuilles, les sentinelles postées en avant de la meute.

J'entrai dans le cercle et un cri guttural collectif donna le départ.

Nous nous miment à courir gueule ouverte, à dévaler la pente en un élan commun. Rien ne pouvait nous arrêter, les arbres s'ouvraient à notre passage. Il fallait courir courir comme des enfants, comme si la vie n'était qu'instants.

Nous avons traversé des plaines, et le ruisseau deux fois, puis cette monté fabuleuse avant de tourner sur nous-mêmes de contentement et nous séparer sous les arches des frênes.

Les martellements se sont peu à peu fondus dans les bruits de la nuit.

 

 

J'ai marché vers l'arbre à tiroir, abandonné au sol ma livrée, et me suis rhabillée.

Assise sur le capot de la voiture, j'ai laissé le vent déplacer et replacer mes cheveux.

 

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Puis, je suis repartie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 août 2016

Atteindre

,Atteindre

 

Pour atteindre ton coeur

j'ai gravi des escaliers de pluie

emprunté des chemin brûlants et poussé des portes de cendre.

 

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Dans le noir,

je me suis approchée

de ton coeur, sombre et vaste pièce, aux fenêtres battues par les vents,

dont s'échappaient des rideaux blancs.

Je me suis approchée

de l'enfant triste, et lui ai offert mon ombre, afin qu'il joue à traverser le mur

et réchauffe son corps de verre.

Pour atteindre ton coeur, j'avance sans ombre

et comprends maintenant

l'escalier de pluie

le chemin brûlant

et la porte de cendre.

 

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24 août 2016

le domaine

Le domaine

 

Il est un domaine où le jour rejoint la nuit, où le chemin rejoint le sous-bois, s'écoule sur l'ombre des arbres, s'étale jusqu'au sable et s' y étire pour atteindre l'eau en un plongeon délicat.

Nous nous y sommes rencontrés.

En silence.

Tu m'as reconnue,

j'étais en avance.

Et tu ne m'as pas encore ratrappée.

Mon chemin est dégagé, j'enlève les cailloux au fur et à mesure.

Et l'herbe repousse derrière mes pas pour que ce ne soit pas trop facile.

 

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P1120278

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19 juillet 2016

Goûter la transparence

Goûter la transparence

 

Le soir, avant de regagner ma chambre, je descends dans le parc, mon sac rempli de petits pièges courtois.

Je cherche alors les endroits les plus propices, que la nature dans l'instant m'offrira.

A quatre pattes, dans les massifs, je les installe un à un.

La nature offre des escaliers de feuilles, des dédales de mobiles qui demain porteront le nectar transparent jusqu'aux petits receptacles prévus à cet effet.

 

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Je compte sur la brise, le poids des oiseaux assoupis, pour conduire chaque goutte vers la nervure centrale, la feulle ploiera alors et la goutte précieuse rejoindra le petit lac.

 

Je reste là un instant.

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Puis les fleurs de ma robe rejoignent le jardin.

 

 

 

les couleurs disparaissent peu à peu, le bruit de mes pas n'a plus densité humaine.

Demain, je boirai la rosée

 

 

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19 avril 2016

Ma maison est aquatique

Ma maison est aquatique.

 

Je respire dans mon lieu le parfum de l'étrangeté. il n'est pas encore tout à fait mien, telle une chambre prêtée chez un ami. J'apprécie quand le renouveau m'étourdit.

Je deviens petite chose sous la fenêtre et inspire.

Ainsi nous nous retrouvons.

Un chemin me reliera toujours à ma naissance, il ne peut se rompre. Et je retrouve mon vrai lieu, celui de toujours.

 

Je suis née ici, non du ventre de ma mère. Ils se trompent tous.

Je suis née ici, sortie de ces eaux, poussée au dehors.

Dans l'eau salée, à l'air mélangée. Et j'ai du choisir, l'instant d'un fragment de temps, celui où je devinais tout.

Puis, l'air a pénétré mes poumons en une douleur, celle de la fin, j'en ai eu conscience, l'instant un fragment de temps, juste après, ou en même temps, le sable, par myriade, m'a accueillie.

Je connais chaque rocher et chaque battement d'algue.

Mes doigts ont parcouru toutes les infractuosités, douces, coupantes, rugueuses, glissantes, chaudes, humides.

J'ai attrapé ce fil parce qu'il était là, pour m'assurer de sa solidité et pour voir où il menait.

Maintenant je sais qu'il n'est pas un guide car son extremité se perd hors de la vue.

 

Je viens de ces eaux et elles m'appellent comme les tourne-pierre qui  longent sans fin le liseré d'écume sur leurs pattes-brindilles. Je vois dans leurs yeux, mon premier amour, mon premier souvenir.

Je viens de cette immensité qui ne m'a pas transmise sa force.

Goutte d'eau dans cette symphonie sans note.

Je viens de la roche, de l'air et de l'eau emmêlés.

Je peux retourner en mon lieu il suffit de descendre l'escalier posé sur mes pensées.

Embrasser cette éternité, courir pieds nus jusquà la minuscule première vague, poser les mains à plat dans le sable, m'asperger le visage et lècher mes doigts.

 

 

Je suis à la maison, 

chez moi.

 

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29 mars 2016

Salle d'attente (3)

Salle d'attente (3)

 

A l'étage inférieur à celui de ma chambre, à l'endroit où une planche pliait chaque fois sous mon pas, s'élevait une porte rapportée, mal ajustée dont la poignée tenue par un clou se détachait au fil des courants d'air, fermetures et ouvertures voisines.

Sur la poignée de porcelaine, un moulin hollandais, aux ailes bleues intactes.

Lasse d'entendre  le moulin choir, j'avais remplacé bien vite le clou par une pince à cheveux, qui enroulée bien serrée maintenait la poignée dans le trou opportun.

Ce jour là, alors que j'ouvrai, fermai afin de vérifier le système, mon ombre poussée par la lumière du couloir s'engouffra dans la pièce.

Je défis mon système car le verso de cette porte était dépourvu de clenche, boule, ou autre poignée.

Des formes rondes se chevauchaient en silence, des chaises grimpaient jusqu'au plafond,

Dans un coin, les éclopés, une méridienne à trois pieds, un fauteuil club ventripotant et déboutonné.

Pliées en carrées et empilées, des tentures formaient de drôles de colonnes souples.

Occultant les fenêtres et la lumière incisive, un rideau pourpre tombait en cascade molle.

A ses pieds, ce siège dont l' assise à la largeur inhabituelle ne pouvait accueillir ni vos les coudes ni un voisin.

Le velour était usé et quand je m'assis, il grinça comme un fauteuil de cinéma.

Il était grand, doux, et ses bras contenaient plus que moi, il incluait mon espace, celui qu'il ne faut pas forcer, celui qui me protège du froid et du chaud.

Dans le noir, les bruits lointains me firent monter une joie telle que mes yeux perlèrent.

Dans mon grand fauteuil, entouré de teintures, au sein d'un fatras de bois de tissus, et de fils tissés, j'étais en sécurité.

 

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22 mars 2016

Les draps noirs

 Les draps noirs

 

Quand la nuit brouille les repères, quand l'infini me saute dessus, je file chercher un ciel et m'enroule en sa profondeur.

Les doigts de pénombre me caressent et la solitude se dissout.

IIs vont et viennent, glissent en silence,

parfois leur ombre me visite.

De grâce, crochets de résistance, laissez moi tomber en songe.

 

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20 janvier 2016

Abord

Abord

        Le soir, la quête du sommeil m'entrainait frequemment au dehors.

Le bâtiment dans lequel je logeais n'était pas équipé, comme chaque salle du musée, de ces boîters qui détectent les présences et clignotent à intervalle régulier.

    Une clef unique ouvrait la quasi totalité des portes, mais pour la dernière, je devais utiliser une lourde clef, la touner par à-coups tout en bousculant l'immense pan de bois grignoté dans les coins comme un biscuit Lu.

    Puis une fois dehors, je fermais à double tour.

    Ce soir, j'étais partie mes sandales à la main, un petit sac au poignet, en cas de collecte ou cueillette.

    Passée la deuxième rangée d'arbre, l'irregularité pouvait advenir et je perdis bientôt la notion de l'espace.

     L'aventure commençait.

    Je fermai les yeux, mon ouïe se développa alors, d'un seul coup, comme ces architectures folles qui se déplient dans les livres. 

    Les bruits prirent corps alors que la nuit d'encre m'engloutissait. Ciel et terre se confondaient, mes pas me guidaient entre les branches. Effleurements, chant du vent dans les creux semblable à la berceuse du loup.

    Bientôt j'arrivai au bord d'un lac dans lequel se baignait la Lune.

    Sur le ponton j'ôtai mon châle et me glissai dans l'eau laiteuse.

 

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    Le temps disparut alors, aspiré vers les étoiles.

    Les arbres et les herbes s'érigeaient comme de milliers de bras protecteurs au dessus d'un berceau.

    Les algues me portaient jusqu'à la surface où j' accueillis la caresse de la Lune.

    L'eau emplit mes oreilles, j'étais le lac.

 

 

 

    Je me hissai sur le ponton et m'enroulai dans mon châle.

    Rejetant mes cheveux vers l'arrière, je l'aperçus alors au loin, sa tête tournée vers moi.

    Elle s'approcha.

    Si près. 

    Elle tourna autour de moi et je sentis ses ondulations puis son souffle sur ma nuque.

    Puis, elle me fit face.

    Je me vis alors au fond de son regard.

 

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