des traces de pas...sur les nuages

15 septembre 2017

Entre deux eaux

Entre deux eaux

 

Au numéro 14 est installée, à l'année, une femme rabougrie par l'âge, qui porte jour et nuit une tresse enroulée comme un coussin pour reposer sa tête.

Son mobilhomme est un petit modèle, trois places si elle tire à elle la banquette rouge du salon, et glisse  au dessous la table basse.

Des pots de fleurs forment une petite allée courbe et séparent en deux l'espace, convexe côté cour, concave côté jardin.

Elle a mis toutes ses économies dans ce cube sans recoin et a du abandonner vestiges et trâces afin que tout son être tienne dans 12+4m2.

Rien, aucun objet n'est resté accroché au fil de sa vie, aucune preuve autre que quelques vêtements et pinces pour ses cheveux . 

Une autre temporalité s'est installée, celle des plantes qui croissent et meurent, puis recroissent et remeurent.

Respiration de la terre.

Sa fille vient de temps en temps. Elles vont au restaurant.

Elles n'invoquent pas le passé. Il est là au dessus d'elles dans la fumée du thé.

Elle la serre contre elle et inspire fort. Elles le font toutes les deux.

Elles se ressemblent un peu mais il y a le contrepied aussi.

La lumière s'alume dès l'aube dans le mobilhome de la vieille femme.

ça bouge elle s'affaire, se prépare.

Puis, elle sort.La petite chaise est toujours à la même place.

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Elle s'asseoit un instant pour inspirer, jusqu'aux profondeurs de son intimité.

La courbe de l'allée indique la  direction de la mer.

Sa fille lui a acheté une combinaison qu'elle revêt en sa présence dans le salon.

Mais les 300 autres jours, seule, elle enfile juste son maillot de bain, s'habille, et pieds nus se rend sur la plage.

Là, elle ôte ses vêtements, ajuste son maillot et entre dans l'eau.

Les vagues clapotent sur ses mollets, montent à l'assaut de ses jambes. Elle s'élance.

Il est là, et l'attend, l'eau c'est lui.

Il était grand, nageait des heures, plus vite qu'elle, alors il revenait.

Tous deux n'en avaient jamais assez.

Il est possible qu'ils aient nagé ensembles quelque part enfants.

Ils se sont (re) trouvés bien plus tard, quand elle a laissé sa vie derrière pour s'installer au numéro14. 

Lui avait son histoire, douleurs, pertes.

Puis, l 'indicible de la rencontre, et le tissage de deux êtres dans l'immense drap aquatique.

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Mais, un jour, il est entré dans l'eau pour la rejoindre, a ouvert ses bras imenses et a disparu.

Elle l'a cherché des heures, mais son corps s'était dilué.

La mer s'est alanguie pour accueillir sa peine.

 

Chaque matin, la joie la saisit. Elle enfile son maillot de bain, s'habille, respire profondément et rejoint l'océan portée poussée par le vent.

Elle s'agenouille sur le sable quelques instant  et, la tête  sur les genoux, sent ses bras de cormoran se déployer sur ses épaules.

Son coeur se réchauffe et elle marche vers l'océan pour le rejoindre.

L'océan, c'est lui.

 

 

 

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14 mai 2017

Ciel de robes

Ciel de robes

 

Le matin, le camping se défaisait de ses habitants et elle pouvait ne croiser personne sur les quelques centaines de mètres d'alignement de caravanes, mobilhomes et tentes, à peine entendre queques bruits réguliers, d'un ou deux invisibles affairés.

Elle s'astreignit les premiers jours à parcourir les diverses allées, et faire quelques courses, défis pour ne pas céder au confort d'inertie que lui offrait son abri et structurer le temps. Se forcer à un rythme motionnel, ne pas inverser son rythme nyctéméral.

La veille, le gardien avait glissé sous sa porte un avis de tempête, fermer les volets, ranger les chaises et pots de fleurs.

Ce matin, après une courte nuit elle avait avancé d'une heure sa déambulation, croisé ce couple de retraités étrangers et quelques hommes qui allaient et venaient la saluant discrètement d'un geste , d'une tentative de mots s'avérant inaudibles tant la nature ici primait sensoriellement.

Le vent s'etait préparé toute la nuit, berçant les dormeurs, générant des bruits inhabituels, irréguliers, vous maintenant aux aguets.

Il gagnait peu à peu en puissance.

Elle descendit sur la plage;

Il était au bout de cette immensité plane, assis dos au vent, tête baissée, les mains occupées face à un fatras inommable tant le vent mélangeait les formes et couleurs.

Elle connaissait son mobil home car il était le théâtre d'un étrange manège: les résidents déposaient sous son escalier métallique des morceaux de bois, longs, fins, qu'il récupérait le soir. Une lampe filtrée par une haie imposante restait alumée probablement toute la nuit, elle l'avait aperçue lors de ses multiples réveils.

Elle longea les pins qui se balançaient déjà bien fort, mêlant et démêlant leurs branches. Le souffle courait sur la mer et vous lançait des poignées de sable.

D'autres résidents avaient été convoqués par le vent et avançaient frondeurs, chemises et pantalons collés au corps. Elle pouvait entendre des cris de joie et des rires.

Elle avançait vers lui et son affairement.

Puis elle eut conscience d'une pause: il avait terminé.

Il s'est alors levé, a reculé et  le vent a pénétré le fatras qui s'est déployé en un polyèdre tendu de branches et de tissus de densités diverses, colorés, rayés, à motifs et fleuris. L'assemblage s'est élevé rapidement alors que l'homme tenait à bout de bras un fil censé dompter l'ensemble.

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Un voix posée sur le vent porta un message: "ce sont les robes de Martha".

 

Lui le corps ouvert dans l'effort dansait au bras du vent qui soulevait volants et fanfreluches

Les robes de Martha couraient et tournaient plus haut que les pins, s'ébattant dans le ciel, et l'homme accroché à son fil bien plus qu'au sol qui le retenait à peine, ne faisait qu' un avec les voiles de ce vaisseau dont ils étaient, par delà le temps, tous les deux passagers.

 

 

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02 avril 2017

Passage

 

 

Passage

Elle recevait dans une pièce inachevée attenante à la maison.

Les ouvertures brutes témoignaient d'un besoin de s'échapper.

Un côté de la pièce était meublé sommairement mais avec suffisamment de confort pour que le visiteur se déleste de ses douleurs.

D'abord, il fallait s'allonger, se mettre en état de vulnérabilité.

Certains demandaient une couverture et s'enroulaient dedans, d'autres couvraient simplement leur regard, leur visage ou leur crâne avec un des carrés de tissus mis à disposition.

Ensuite, elle demandait à ce qu'on lui raconte la rencontre, le moment où l'émotion avait émergé. 

Au fil du récit, elle posait quelques questions sur la silhouette, l'allure et demandait au visiteur de s'approcher en pensée de l'image alors formée de l'être aimé. Puis, observer en silence, faire surgir la voix.

Pendant ce temps, assise par terre elle griffonnait ou dessinait des formes dans l'air.

La personne revenait quelques jours plus tard avec de nouveaux souvenirs, apparus dans ses rêveries ou coincidences. Et , les yeux fermés, racontait encore.

Les larmes descendaient le long de leurs tempes.

Puis, le moment venait.

Elle tirait la psyché, invisible jusque là, adossée à la bibliothèque.

Telle une immense oreille, le grand miroir avait tout entendu, depuis le début.

Ensemble, ils la soulevaient par un côté, la plaçaient  et l'orientaient à l' endroit le plus juste. Devant la fenêtre, dans le jardin, sous un arbre ou face au ciel.

"Allez y maintenant, allez vous retrouver, prêtez lui vos vêtements impregnez vous de son parfum, prenez votre temps, il n'existe pas là bas".

Alors la personne posait le bout des doigts ou la main sur la psychée, une onde se formait qui éclairait le poignet puis le bras.

 Certains prenaient leur élan ou poussaient un cri, d'autres y entraient comme des nageurs ou du bout du pied, et disparaissaient.

 

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Elle restait à côté du miroir, attendant que la surface se trouble, puis accueillait le voyageur de retour.

Elle ne demandait rien, regardait juste son visage radieux et en cueillait le souvenir, comme un cadeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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05 mars 2017

Quelques feuilles et de l'eau

Quelques feuilles et de l'eau

Mes pieds sur le sable s'enfoncent de moins en moins, je le sens.

Les icebergs étaient une quête dont je ne puis parler, aujourd'hui un rêve éveillé.

Pris dans l'illusion d'être utile dans ce travail défait de la main de l'homme.

Que j'ai aimé cet artisanat, partir avec mon raffiot, reliés à la terre par les ondes de la radio, le thé de mon aimée dans la boîte hermétique.

Ces plantes choisies, arrachées à la terre par ses doigts, et la vapeur dans laquelle ,les folles nuits, ondulait son corps dépourvu de contour.

Dans la nuit, sur la mer, la cabine est un donjon.

Electrisé par le danger, le sommeil s'effrite. A l'assaut je guerroie, bâtissant des empires dans les vagues, dans un monde où ciel et eau ne font plus qu'un.

L'horizon est englouti. Dans mon bâteau je deviens goutte.

 

Mon âme échouée est un livre d'embruns,

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iI raconte ce que j'ai vu: les monstres marins, les animaux solidaires.

Aujourd'hui, comme avant, un monde s'éloigne quand un autre se rapproche.

Alors que je me désagrège, les souvenirs resurgissent: le parfum de la mer, déchaînée comme une amante, l'odeur du cambouis et de mes doigts gelés.

Et les senteurs romanesques du thé de mon aimée qui reliait les deux mondes.

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06 novembre 2016

le Chasseur d'Icerbergs.

Le Chasseur d'Icebergs

 

Le squelette du Tigre émergeait encore à marée basse, peu avant l'anse de P.

Des enfants venaient alors en escalader les côtes immenses et déchirées. C'est tout ce qui restait du navire.

Il se décomposait lentement depuis plusieurs décennies, entouré d'ossements d'autres intrépides.

De cette époque, il n'y avait plus aucun survivant.

Quelqu'un d'autre pouvait il encore en raconter l'histoire?

 

Celle de J., mon grand père, chasseur d'icebergs.

 

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J'allais là bas aux vacances, enfant. Peu après mes sept ans, déjà très âgé, il a regagné l'obscurité, comme on souffle une bougie et la mer l'a englouti.

 

Ses expéditions duraient plusieurs mois, au grand dam de ma grand-mère, qui  seule alors, avec leurs trois enfants, apaisait les nuits, guettait la régularité des souffles et travaillait d'arrache pied à en "faire des gens biens".

Quand il revenait de mission, il voyait comme les soucis avaient sillonné son visage.

Il savait qu'elle l'avait beaucoup pleuré, maudit, quelle avait dormi dans ses vêtements aussi. 

Alors, il réparait, portait les enfants, s'occupait des leçons, du jardin, et lui rendait le temps libre qu'il lui avait volé.

Puis, peu à peu, l'attraction d'abord lointaine, s'approchait, telle une houle bienfaitrice, un influx irrepressible de plus en plus puissant.

Il se proposait alors pour une nouvelle expédition.

 

Je me souviens de lui, à peine assis sur une marche d'escalier :prêt à partir pour suivre un reflet, un nuage et me montrer des détails dans le paysage familier.

 

A la fin de sa vie, il a commencé à perdre la vue.

Mais, il tenait encore à s'occuper de moi durant les grandes vacances.

Il s'asseyait  par terre et me disait:  "je t'écoute".

Et je racontais, la salle à manger, le balais dans l'escalier, les traces de doigt sur la porte. Et il brodait, des donjons, des sorcières et des poussières en forme de pieds.

Un jour, à mon tour je lui ai demandé: "raconte moi, ton bateau, ton métier, quand la glace apparait..."

Il est allé chercher une chaise et m'a installée dans le grand fauteuil en velours bleu nuit, face à lui.

Il a ôté les lunettes fûmées qui cachaient l'absence de son regard.

 "Tout est là", m'a t il dit en montrant avec l'index ses deux yeux.

 

Alors, j'ai regardé ses iris bleus, et j'ai vu

peu à peu se dessiner

 l'ondulation d'un horizon, des paysages silencieux, des mers blanches démontées, de gigantesques blocs de glace navigant dans la nuit,

des montagnes allongées, des temples immergés.

J'ai vu

des bleus inconnus, des colonnes d'eau douces dans des palais opaques,

des milliers de miroirs capturant les étoiles

la couleur du silence, la musique des transparences

mon grand père dialoguant avec l'écho du vent et caressant du bout des doigts les ventres de glace.

 

J'ai tout gardé.

 

Dans les moments difficiles, je tire à moi le grand fauteuil de velours que j' installe face à la chaise.

Puis, je pose ma main dans la région du coeur, doucement en extrait un paysage et le porte à mes yeux pour le faire grandir

 

 

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puis, j'enjambe la fine paroi qui nous sépare et part en expédition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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05 novembre 2016

Rouge sang lier

 

 

Il faut environ 5h30 pour se rendre à St H.

J'avais déjà effectué trois fois ce trajet, mais jamais, au moment de l'équinoxe.

Passé la traversée de N. et le pont en ellipse qui la surplombe, la route file droit vers l'horizon et devient monotone, le moindre déplacement dans les paysages alentours devient source de distraction, les arbres agitent leurs couleurs, vos yeux guettent un enchantement, s'échappent de la route et ricochent sur les reliefs et mouvements.

Combien de fois, j'ai donné un coup de volant...

Aussi cette fois avais je décidé de partir à la tombée de la nuit, qui bientôt noire procurait peu de stimulations visuelles.

La profondeur devenait une notion incertaine, un écran sans contour sur lequel les constellations se tenaient immobiles.

A la radio, quelqu'un retraçait la vie d'un poète dont je n'avais pas saisi le nom.

La nuit avalait mon véhicule, j'étais paisible, les phares plongeant nets au fond de l'encrier.

La nuit votre corps disparait, ne restent que vos yeux.

Au bout de quelques heures, je commençai à bailler et pensai à St Ex, dans son ciel étoilé se vaporisant du parfum dans les yeux afin de garder le cap.

Je quittai l'autoroute. La deccéleration et les reverbères me rendirent bientôt mon corps.

Evitant deux halos je coupai le moteur, puis m'étirai en respirant plusieurs fois profondément.

Je sorti, m'adossai à la portière et fis quelques pas.

Une légère brise caressait mes mains, déplaçait et replaçait mes cheveux et les feuillages noirs dans mon dos.

Je déposai mes clefs sous la roue arrière gauche puis entrai dans le sous bois.

Sans intention d'aller bien loin, je n'avais rien décidé non plus, rien exclu, j'avais le temps.

Dans le noir, invisible, j'otai chaussures et vêtements. Mes yeux s'habituaient au manque de lumière, la nuit devenait pénombre, puis bien plus claire avec de pâles couleurs, pourtant elle n'était guère avancée.

Dans le tronc d'un arbre se découpait la forme d'un tiroir dans lequel je glissai mes affaires.

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Chaque aspérité du sol s'imprimait sous mes pas, mais bientôt je ne sentis plus que la douceur de la mousse.

Les senteurs de fougère et de bois mort s'amplifiaient à mesure que je progressai.

J'entendis alors leur bruit, un martellement de pattes qui faisait vibrer le sol. Ils étaient tout près! 

Mon sang devenait fou à battre dans sa cage: je les ressentai. 

Alors je me mis à courir pour rejoindre les miens, soufflant par les naseaux.

Ils attendaient, se roulant dans les feuilles, les sentinelles postées en avant de la meute.

J'entrai dans le cercle et un cri guttural collectif donna le départ.

Nous nous miment à courir gueule ouverte, à dévaler la pente en un élan commun. Rien ne pouvait nous arrêter, les arbres s'ouvraient à notre passage. Il fallait courir courir comme des enfants, comme si la vie n'était qu'instants.

Nous avons traversé des plaines, et le ruisseau deux fois, puis cette monté fabuleuse avant de tourner sur nous-mêmes de contentement et nous séparer sous les arches des frênes.

Les martellements se sont peu à peu fondus dans les bruits de la nuit.

 

 

J'ai marché vers l'arbre à tiroir, abandonné au sol ma livrée, et me suis rhabillée.

Assise sur le capot de la voiture, j'ai laissé le vent déplacer et replacer mes cheveux.

 

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Puis, je suis repartie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 août 2016

Atteindre

,Atteindre

 

Pour atteindre ton coeur

j'ai gravi des escaliers de pluie

emprunté des chemin brûlants et poussé des portes de cendre.

 

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Dans le noir,

je me suis approchée

de ton coeur, sombre et vaste pièce, aux fenêtres battues par les vents,

dont s'échappaient des rideaux blancs.

Je me suis approchée

de l'enfant triste, et lui ai offert mon ombre, afin qu'il joue à traverser le mur

et réchauffe son corps de verre.

Pour atteindre ton coeur, j'avance sans ombre

et comprends maintenant

l'escalier de pluie

le chemin brûlant

et la porte de cendre.

 

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24 août 2016

le domaine

Le domaine

 

Il est un domaine où le jour rejoint la nuit, où le chemin rejoint le sous-bois, s'écoule sur l'ombre des arbres, s'étale jusqu'au sable et s' y étire pour atteindre l'eau en un plongeon délicat.

Nous nous y sommes rencontrés.

En silence.

Tu m'as reconnue,

j'étais en avance.

Et tu ne m'as pas encore ratrappée.

Mon chemin est dégagé, j'enlève les cailloux au fur et à mesure.

Et l'herbe repousse derrière mes pas pour que ce ne soit pas trop facile.

 

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P1120278

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19 juillet 2016

Goûter la transparence

Goûter la transparence

 

Le soir, avant de regagner ma chambre, je descends dans le parc, mon sac rempli de petits pièges courtois.

Je cherche alors les endroits les plus propices, que la nature dans l'instant m'offrira.

A quatre pattes, dans les massifs, je les installe un à un.

La nature offre des escaliers de feuilles, des dédales de mobiles qui demain porteront le nectar transparent jusqu'aux petits receptacles prévus à cet effet.

 

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Je compte sur la brise, le poids des oiseaux assoupis, pour conduire chaque goutte vers la nervure centrale, la feulle ploiera alors et la goutte précieuse rejoindra le petit lac.

 

Je reste là un instant.

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Puis les fleurs de ma robe rejoignent le jardin.

 

 

 

les couleurs disparaissent peu à peu, le bruit de mes pas n'a plus densité humaine.

Demain, je boirai la rosée

 

 

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19 avril 2016

Ma maison est aquatique

Ma maison est aquatique.

 

Je respire dans mon lieu le parfum de l'étrangeté. il n'est pas encore tout à fait mien, telle une chambre prêtée chez un ami. J'apprécie quand le renouveau m'étourdit.

Je deviens petite chose sous la fenêtre et inspire.

Ainsi nous nous retrouvons.

Un chemin me reliera toujours à ma naissance, il ne peut se rompre. Et je retrouve mon vrai lieu, celui de toujours.

 

Je suis née ici, non du ventre de ma mère. Ils se trompent tous.

Je suis née ici, sortie de ces eaux, poussée au dehors.

Dans l'eau salée, à l'air mélangée. Et j'ai du choisir, l'instant d'un fragment de temps, celui où je devinais tout.

Puis, l'air a pénétré mes poumons en une douleur, celle de la fin, j'en ai eu conscience, l'instant un fragment de temps, juste après, ou en même temps, le sable, par myriade, m'a accueillie.

Je connais chaque rocher et chaque battement d'algue.

Mes doigts ont parcouru toutes les infractuosités, douces, coupantes, rugueuses, glissantes, chaudes, humides.

J'ai attrapé ce fil parce qu'il était là, pour m'assurer de sa solidité et pour voir où il menait.

Maintenant je sais qu'il n'est pas un guide car son extremité se perd hors de la vue.

 

Je viens de ces eaux et elles m'appellent comme les tourne-pierre qui  longent sans fin le liseré d'écume sur leurs pattes-brindilles. Je vois dans leurs yeux, mon premier amour, mon premier souvenir.

Je viens de cette immensité qui ne m'a pas transmise sa force.

Goutte d'eau dans cette symphonie sans note.

Je viens de la roche, de l'air et de l'eau emmêlés.

Je peux retourner en mon lieu il suffit de descendre l'escalier posé sur mes pensées.

Embrasser cette éternité, courir pieds nus jusquà la minuscule première vague, poser les mains à plat dans le sable, m'asperger le visage et lècher mes doigts.

 

 

Je suis à la maison, 

chez moi.

 

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